L’attaquant penhold traditionnel
Le penhold traditionnel est le style qui a défini pendant des décennies le tennis de table asiatique : une prise qui concentre tout le jeu offensif sur une seule face de la raquette. Là où l’attaquant des deux côtés décrit à la section 16.1 a besoin d’un matériel équilibré entre ses deux faces, le penhold classique pousse l’asymétrie à l’extrême : une face attaque, l’autre existe à peine. Cette concentration radicale a des conséquences directes sur ce qui a du sens et ce qui est superflu.
La prise — décrite à la section 1.7 — autorise une liberté de poignet que le shakehand n’égale pas. Le coup droit du penhold traditionnel parcourt un arc plus ample, avec une pronation du poignet qui produit des angles de contact impossibles pour qui tient la raquette à pleine main. C’est cet avantage biomécanique qui a produit quelques-uns des services les plus redoutables et des topspins de coup droit les plus dévastateurs de l’histoire du sport. Mais il a un coût : le revers se réduit à une poussette défensive — la poussette de revers penhold — ou à un bloc rudimentaire avec le dos de la raquette, sans la surface de revêtement que le shakehand utilise pour attaquer de ce côté. Le joueur compense cette faiblesse par le jeu de jambes : il se déplace davantage, pivote davantage, couvre en coup droit ce que d’autres couvrent en revers.
Le bois. Le penhold traditionnel japonais utilise des palettes en hinoki massif ou en lamellé épais de hinoki, légères et au toucher direct qui transmet chaque nuance de l’impact. Le penhold chinois, plus répandu aujourd’hui, préfère les bois de 7 plis durs ou à composite externe — carbone externe — qui donnent vitesse et rigidité au coup appuyé. Le manche penhold chinois, court et dépourvu des ailettes du japonais, oriente la balance vers la palette, ce qui favorise le transfert d’énergie mais exige davantage de contrôle du poignet. Les différences entre carbone externe et carbone interne sont développées à la section 10.3 ; il suffit ici de noter que le penhold traditionnel penche historiquement vers l’externe, parce que le coup dominant se joue toujours à pleine puissance et que la transition douce entre les intensités compte moins que dans le jeu des deux côtés.
Le revêtement. La face de coup droit reçoit, dans la tradition chinoise, un revêtement à topsheet adhérent et mousse dure — la Hurricane 3 dans ses différentes versions est le modèle canonique —, habituellement avec boosting pour compenser le manque de vitesse native de la mousse. La section 5.3 développe les revêtements chinois et le chapitre 14 le boosting ; ce qui importe ici, c’est que cette combinaison est conçue pour un coup qui cherche l’effet extrême par un contact tangentiel, exécuté avec l’amplitude de poignet que le penhold rend possible. Du côté revers, où le revêtement n’intervient presque pas, beaucoup de joueurs montent une feuille fine ou un revêtement bon marché qui respecte le règlement sans ajouter de poids inutile. Le poids de la face inactive est un poids mort qui déplace la balance.
Poids et balance. La concentration du jeu sur une seule face fait que le poids monté compte autrement qu’à la section 16.1. Le penhold traditionnel tolère — et recherche parfois — un ensemble un peu plus lourd du côté coup droit, parce que la masse aide le coup appuyé et qu’il n’y a pas d’alternance rapide coup droit-revers à pénaliser. Le poids total reste en général sous les 185 grammes, mais la répartition compte davantage que le chiffre absolu. La section 11.5 traite du poids monté en général.
Distance et coup. Le penhold classique opère à mi-distance et près de la table, là où la vitesse de poignet compense l’absence de revers. Le coup dominant est un topspin de coup droit chargé d’effet, appuyé par un service court de poignet difficile à lire et un jeu de table agressif. Quand l’adversaire repousse le penholder vers l’arrière, la faiblesse du revers s’amplifie et le style souffre. Le matériel ne résout pas cette limite structurelle, mais un bois trop lent ou un revêtement qui ne s’active pas au frottement tangentiel l’aggravent.
Ce style a perdu du terrain au haut niveau précisément parce que la faiblesse du revers devient exploitable contre des adversaires d’élite qui attaquent systématiquement ce côté. La réponse évolutive — le reverse penhold backhand — n’est pas une variante mineure mais un changement de paradigme qui réclame un matériel différent, développé à la section 16.3. Le penhold traditionnel à un seul côté reste bien vivant dans le circuit de club et dans le tennis de table de loisir asiatique, où la liberté de poignet et le spectacle du jeu de coup droit compensent ce que le revers ne donne pas.