Anti-top : ni effet produit, ni effet renvoyé
Les trois sections précédentes ont passé en revue les revêtements à picots — courts, longs et mi-longs — et leur rapport à l’effet reçu. L’anti-top n’est pas un revêtement à picots. C’est, techniquement, un revêtement lisse : son topsheet a les picots tournés vers l’intérieur, comme n’importe quel revêtement lisse. Il partage pourtant avec les revêtements à picots quelque chose d’essentiel : sa fonction est de neutraliser l’effet, non de le produire. C’est pourquoi il figure dans ce chapitre.
Ce qui distingue l’anti-top de tout autre revêtement lisse, c’est sa surface. Le topsheet d’un revêtement classique présente une certaine rugosité — mécanique ou chimique — qui accroche la balle et lui transmet de la rotation, comme l’a expliqué la section 5.1. Le topsheet d’un anti-top est délibérément privé de cette adhérence. Sa surface est glissante, presque cireuse au toucher : la balle glisse dessus sans que le revêtement lui imprime de rotation notable. Un service joué avec l’anti-top part pratiquement sans effet, quel que soit le geste du bras. Et un topspin chargé de rotation ne trouve aucune accroche : la surface ne peut pas retenir la balle pour transformer cet effet en un coup propre.
Le mécanisme diffère de celui des picots longs. Les picots longs inversent l’effet parce que leurs cylindres souples plient et restituent l’énergie de rotation avec un signe opposé, comme l’a décrit la section 6.3. L’anti-top, lui, ne plie rien : sa surface accroche à peine la balle, si bien qu’il ne lui imprime aucune rotation propre et ne freine pas entièrement celle qu’elle apporte. Une partie de cet effet peut survivre au contact, et la balle revient alors comme si elle avait touché un picot long très amorti. Mais l’ensemble absorbe tant d’énergie que l’adversaire reçoit avant tout une balle plate, lente, avec bien moins de rotation qu’il n’en attendait, et ce manque d’effet l’oblige à un ajustement aussi inconfortable que l’inversion des picots longs, bien que pour d’autres raisons.
La mousse associée au topsheet d’un anti-top est généralement tendre et lente. L’ensemble est conçu pour absorber l’énergie, non pour la restituer. La balle repart avec peu de vitesse propre et sur une trajectoire basse et prévisible. Le joueur en anti-top ne cherche ni la puissance ni la rotation : il cherche à renvoyer la balle de façon gênante, en neutralisant l’initiative de l’adversaire. C’est un jeu de patience et de placement, pas de force.
Le profil d’utilisateur est très particulier. L’anti-top se trouve presque toujours en revers, chez des joueurs qui associent un revêtement lisse offensif en coup droit à cette surface neutralisante sur l’autre face. La raquette du bloqueur décrite à la section 12.6 est son habitat naturel : un bois ferme qui transmet peu, un revêtement offensif sur une face pour attaquer quand l’occasion se présente, et un anti-top sur l’autre pour absorber et désamorcer le jeu adverse. Certains défenseurs l’utilisent comme alternative aux picots longs lorsqu’ils préfèrent une balle morte à une balle à l’effet inversé : c’est une question de type de gêne qu’on veut infliger.
Sa présence sur le circuit de compétition est marginale. L’immense majorité des joueurs — défenseurs compris — préfèrent les picots longs, qui, en plus de neutraliser l’effet, offrent l’inversion comme arme supplémentaire. L’anti-top est resté un outil de niche pour un style de jeu qui privilégie l’annulation sur toute autre dimension. Le marché reflète cette réalité : les modèles disponibles sont peu nombreux et se renouvellent rarement. Le Super Anti de Butterfly et les options de Der Materialspezialist sont les références les plus connues.
Ce que démontre l’anti-top, en définitive, c’est qu’un revêtement lisse n’est pas obligé de produire de l’effet. La même structure de topsheet à picots vers l’intérieur que la section 5.1 présentait comme la surface de friction maximale peut, avec une autre formulation chimique, devenir celle de friction minimale. La section 6.6 situe l’anti-top parmi les autres types spéciaux sur une carte des profils de joueur, et le tableau de la section 6.7 montre son comportement face à chaque coup reçu.