Structure : plis, disposition, fil du bois
Un bois de tennis de table n’est presque jamais un bloc massif. C’est un sandwich de fines feuilles — les plis, ou couches — collées entre elles à la résine, sous pression et à chaud. Le nombre de plis, l’ordre dans lequel ils sont disposés et l’orientation des fibres de chacun déterminent une bonne partie du caractère de la raquette, avant même qu’on y colle le moindre revêtement.
Les configurations les plus courantes comptent trois, cinq et sept plis. Le cinq plis est la référence historique du jeu offensif et allround ; le sept plis cherche davantage de rigidité et de puissance sans recourir aux matériaux synthétiques. Les trois plis — moins courants — se retrouvent dans des conceptions particulières où l’on veut un toucher très direct. À l’extrême se trouve le bois traditionnel du porte-plume japonais, qui n’a même pas de plis : il est taillé d’une seule pièce dans du hinoki massif. Les constructions à cinq et à sept plis, avec leurs profils de jeu, sont développées aux sections 9.4 et 9.5.
Tout bois à plusieurs plis s’organise de façon symétrique autour d’un pli central, l’âme. Avec cinq plis, le schéma est : externe, intermédiaire, âme, intermédiaire, externe. Avec sept, on ajoute un pli de chaque côté de l’âme. Cette symétrie n’a rien d’un caprice esthétique : elle empêche le bois de se voiler sous l’effet des variations d’humidité et de température, parce que les tensions se compensent de part et d’autre de l’axe central.
L’âme est généralement en bois léger et tendre — l’ayous, le kiri et le balsa sont les plus fréquents —, car sa fonction est d’absorber l’énergie et d’apporter du feeling. Les plis externes, eux, ont tendance à être plus durs et plus denses : koto, limba ou hinoki, entre autres. Ce sont eux qui reçoivent l’impact transmis par le revêtement et qui conditionnent la réponse immédiate que le joueur perçoit dans la main. Les essences et leurs propriétés sont traitées à part, aux sections 9.2 et 9.3.
Reste le troisième élément : l’orientation du fil. Le bois est un matériau anisotrope — il se comporte différemment selon la direction dans laquelle on le sollicite. Chaque pli est posé avec les fibres orientées dans l’une de deux directions : longitudinale, les veines courant le long du manche vers la palette, ou transversale, les veines perpendiculaires à cet axe. Les plis alternent : si le pli externe est longitudinal, le suivant est transversal, celui d’après longitudinal, et ainsi de suite.
Cette alternance remplit deux fonctions. La première est structurelle : croiser les fibres donne de la rigidité dans toutes les directions et empêche la palette de se fendre dans le sens du fil, comme le ferait une feuille unique. La seconde est dynamique : la proportion de plis longitudinaux et transversaux influe sur la répartition de la vibration et sur la taille effective du sweet spot. Un bois qui compte davantage de plis transversaux tend à répartir l’impact sur une surface plus grande ; un bois à dominante longitudinale concentre la réponse sur l’axe central. La façon dont ces différences se traduisent en vitesse, en flex et en vibration est abordée à la section 8.5.
Quand on ajoute à ce schéma de plis de bois des feuilles de fibre synthétique — carbone, aramide, Zylon —, la logique de construction change : le composite n’a pas de fil au sens où le bois en a un, et il apporte des propriétés que le bois seul ne peut pas offrir. Cette frontière entre bois pur et bois composite est précisément le sujet de la section suivante.