OPEN TT§ 1.3 — Énergie, déformation et restitution
0% · §3/150
Couverture/Partie I/Chapitre 1·1.3
§ 1.3

Énergie, déformation et restitution

Partie I · FondamentauxChapitre 12 min min de lecture

Tout coup est un transfert d’énergie. La balle arrive avec une vitesse et une rotation ; le joueur apporte les siennes par le bras, le poignet et le tronc. Ce qui sort après le contact est la résultante de cet inventaire, une fois que le système — topsheet, mousse, bois, balle — l’a traité.

Ce traitement se fait en trois phases enchaînées : déformation, stockage et restitution. Sous la charge, chaque composant se déforme à des degrés très différents. Le topsheet s’enfonce et se laisse entraîner dans la direction de l’impact. La mousse s’écrase verticalement et perd de son épaisseur. Le bois fléchit à peine, mais assez pour transmettre la vibration au manche. La balle elle-même s’aplatit contre la surface. Chacune de ces déformations fonctionne comme un ressort comprimé qui garde l’énergie tant que dure la charge. Quand le système se décomprime, chaque ressort rend ce qu’il a emmagasiné et la balle part. Aucun ressort n’est parfait : une partie se perd en chaleur et en vibration. L’efficacité mécanique d’une raquette tient à ce qu’elle rende beaucoup et dissipe peu.

Ce circuit explique la vitesse de sortie, mais pas l’effet. Pour comprendre la rotation, il faut ajouter un élément : la friction tangentielle.

Le joueur ne frappe presque jamais perpendiculairement à la surface de la raquette. Dans un topspin en coup droit, par exemple, la raquette avance sur une trajectoire ascendante : la balle ne heurte pas le topsheet de face, elle le frotte. Pendant la milliseconde du maintien, la surface de la raquette glisse tangentiellement par rapport à celle de la balle. Si le caoutchouc est capable d’accrocher — par son adhérence, par son élasticité ou par les deux —, ce déplacement entraîne la balle avec lui. Empêchée de se déplacer latéralement, la balle fait la seule chose possible : tourner. Elle sort avec la rotation que le topsheet lui a imprimée. Plus la friction est forte, plus la conversion du mouvement linéaire en rotation est importante. La physique du topsheet comme générateur d’effet est développée à la section 5.1 ; ici, le principe suffit.

Il en ressort deux circuits d’énergie qu’il vaut mieux distinguer, même s’ils coexistent dans chaque coup. Le circuit de translation — vitesse d’arrivée, compression, restitution, vitesse de sortie — se joue surtout dans la mousse et le bois. Le circuit de rotation — effet d’arrivée, accroche du topsheet, mouvement tangentiel, effet de sortie — se joue surtout à la surface. Les deux fonctionnent en parallèle, et pas toujours avec la même efficacité : une raquette peut être efficace pour rendre de la vitesse et médiocre pour produire de l’effet, ou l’inverse. Une grande partie du choix du matériel consiste à décider comment répartir l’efficacité entre ces deux circuits, un thème qui traverse les chapitres 7 et 11.

Reste à signaler un phénomène qui modifie cette équation : au-delà d’un certain seuil de force, les revêtements tensor modernes rendent plus d’énergie que ce qu’on attendrait proportionnellement. C’est ce que le jargon appelle l’effet catapulte, traité en détail à la section 2.4. Pour l’instant, il suffit de savoir que le bilan énergétique d’une raquette n’est pas toujours linéaire, et que cette non-linéarité est l’un des moteurs du jeu contemporain.