La raquette comme système : bois + mousse + topsheet
Celui qui prend pour la première fois une raquette de tennis de table croit tenir un objet. Il en tient trois. Ce qui ressemble à une pièce unique est en réalité un assemblage de matériaux très différents, fabriqués par des mains différentes, conçus pour des usages précis et réunis par une couche de colle, qui aura elle aussi son influence. Avant toute chose, il faut donc poser cette idée : une raquette n’est pas un objet, c’est un système.
La distinction n’a rien de gratuit. Presque tout le contenu de ce livre en découle. Quand un joueur dit que sa raquette « n’a pas de contrôle », il ne décrit pas une propriété de l’ensemble, mais le résultat de l’interaction de ses composants dans le coup précis qu’il tentait. Changer un seul d’entre eux peut transformer la sensation sans toucher aux deux autres.
Ces trois éléments sont le bois, la mousse et le topsheet. Chacun apporte quelque chose de précis à l’ensemble.
Le bois est le corps rigide de la raquette, la pièce que le joueur tient en main. Il fixe la vitesse de base de l’ensemble, transmet la vibration au manche et donne à la raquette son caractère — ce que les fabricants appellent le feeling. Il peut être composé de plis de bois pur ou intégrer des couches de composite (fibre de carbone, aramide, Zylon). Les constructions sont traitées dans les chapitres 8 à 10 ; ici, il suffit de comprendre que le bois est le squelette : « on ne le voit pas », mais il porte tout le reste.
La mousse est la couche intermédiaire, généralement de 1,5 à 2,1 mm, collée au bois d’un côté et au topsheet de l’autre. C’est l’élément élastique du système. Quand la balle arrive, la mousse se comprime et emmagasine de l’énergie ; en reprenant sa forme, elle la restitue. Sa dureté et son épaisseur déterminent une bonne part de la sensation du coup : une mousse tendre absorbe davantage et pardonne une technique peu aboutie, une mousse dure transmet plus nettement ce qu’ont fait le joueur et la balle.
Le topsheet — le terme reste en anglais, faute d’équivalent français bien établi — est la couche supérieure, la feuille de caoutchouc d’environ un millimètre et demi qui touche la balle. Elle peut être lisse à l’extérieur avec les picots tournés vers l’intérieur (c’est le revêtement lisse, dit inverted), ou porter les picots vers l’extérieur, et ce sont alors leurs sommets qui touchent la balle. Presque toute la capacité à produire de l’effet dépend du topsheet, puisque c’est la seule partie du système réellement en contact avec la balle. La mousse et le bois influent sur la manière ; le topsheet décide de la quantité.
À ces trois éléments s’en ajoute un quatrième qu’il ne faut pas oublier : la colle qui unit la mousse au bois. Entre les deux, il n’y a pas de l’air, mais une fine couche de matière qui influe elle aussi sur le coup. Son bon usage est traité au chapitre 13.
Voir la raquette comme un système a une conséquence pratique immédiate. La plupart des questions mal posées sur le matériel visent l’objet entier alors qu’elles devraient viser l’un de ses composants. « Cette raquette est-elle rapide ? » dépend du bois, de la mousse, de l’épaisseur, du topsheet. « Pourquoi mon revers est-il si difficile à contrôler ? » se règle rarement en changeant toute la raquette ; on le règle en identifiant lequel des trois composants est en cause. Le reste du livre est, dans une large mesure, un manuel pour apprendre à faire cette identification.