L’attaquant penhold avec revers RPB
La section précédente se terminait sur une limite structurelle : le penhold traditionnel concentre toute l’attaque sur le coup droit et réduit le revers à une poussette ou à un bloc élémentaire. Pendant des décennies, cette faiblesse se compensait par le jeu de jambes et par un coup droit si supérieur qu’il en justifiait le coût. Ce qui a changé au début des années 2000, c’est l’apparition de joueurs — Wang Hao comme figure fondatrice, Xu Xin comme aboutissement artistique — qui se sont mis à utiliser la face arrière de la raquette penhold pour attaquer en topspin de revers. Le reverse penhold backhand, le revers joué avec la face arrière, n’a pas été un simple ajustement technique : il a fait du penhold un style des deux côtés avec ses propres règles de matériel.
Le RPB consiste à tourner le poignet pour frapper avec le revêtement du dos de la raquette, celui qui n’intervenait guère dans le penhold classique. Le geste est biomécaniquement différent du revers shakehand : le poignet travaille davantage, le coude moins, et le point de contact se décale par rapport à l’axe de l’avant-bras. Cette différence a des conséquences directes sur ce que le coup réclame au matériel. La section 1.7 décrit les prises ; seul importe ici ce que le RPB exige de la raquette.
Le bois. Le penhold traditionnel penchait vers le carbone externe parce que le coup dominant se jouait toujours à pleine puissance, comme l’expliquait la section 16.2. Le RPB renverse cette logique. En introduisant un revers offensif au geste plus court et au débattement moindre que le topspin de coup droit, le joueur a besoin d’une transition plus douce entre les intensités : le carbone interne — ou même le bois pur rapide à 5 plis — offre cette progressivité, parce qu’un composite plus proche de l’âme amortit la réponse sur les contacts retenus sans rien retirer au coup appuyé. Les différences entre positions du composite sont développées à la section 10.3. Dans les faits, beaucoup de joueurs de RPB de haut niveau ont migré de l’externe vers l’interne, et les bois penhold conçus dans la dernière décennie reflètent cette tendance. Le manche reste le penhold chinois court, mais certains fabricants en ont ajusté l’ergonomie pour accompagner la rotation de poignet qu’exige le RPB.
Les revêtements. C’est ici que le changement par rapport au penhold à un seul côté est le plus visible. La face arrière n’est plus un poids mort : elle porte un revêtement conçu pour attaquer. La combinaison habituelle conserve un revêtement chinois à topsheet adhérent en coup droit — la Hurricane 3 reste la référence, le plus souvent avec boosting — et monte en revers un tensor européen ou japonais à mousse moyenne. La logique est fonctionnelle : le topspin de coup droit, exécuté avec l’arc ample et la pronation de poignet propres au penhold, tire parti de l’accroche extrême du topsheet adhérent ; le RPB de revers, au geste plus compact et au temps de contact plus bref, rend mieux avec un revêtement qui donne de la vitesse sans réclamer autant d’activation. La section 5.4 développe la différence de philosophie entre revêtements chinois et européens ou japonais ; la section 11.4, la logique de l’association de revêtements différents sur chaque face.
Poids et balance. Le RPB introduit une exigence que le penhold classique n’avait pas : le poids du revêtement arrière ne peut plus être résiduel, puisqu’il s’agit d’un revêtement de performance. L’ensemble monté remonte par rapport au penhold à un seul côté et se rapproche des plages de l’attaquant des deux côtés décrit à la section 16.1 — entre 175 et 190 grammes —, à la différence près que la balance penche un peu plus vers la palette du fait de la géométrie du manche penhold. Cette balance plus haute favorise le transfert d’énergie sur le coup droit mais fatigue davantage le poignet dans les échanges longs en RPB, où le geste est répétitif et le levier court. La section 11.5 traite du poids monté en détail.
Distance et rythme. Le joueur de RPB opère dans la même plage que l’attaquant des deux côtés — la mi-distance, avec des incursions près de la table dans la phase de service — mais avec une nuance de poids : le RPB fonctionne mieux à mi-distance que collé à la table, parce qu’il lui faut un minimum d’espace pour que la rotation de poignet achève son arc. Près de la table, beaucoup de joueurs de RPB reviennent au bloc penhold traditionnel ou à la poussette courte avec la face de coup droit, réservant le RPB aux balles qui leur arrivent avec assez de temps. Le matériel doit fonctionner dans les deux registres, ce qui renforce la préférence pour des bois qui n’amplifient pas à l’excès le contact court.
Ce qui distingue le penhold RPB des deux autres styles offensifs du chapitre, c’est qu’il vit dans une tension permanente entre deux logiques de matériel. Le coup droit réclame ce que le penhold a toujours réclamé — accroche, puissance, revêtement dur activé au poignet — ; le revers réclame quelque chose de plus proche du shakehand — vitesse, tolérance, transition douce. La raquette qui en résulte est un compromis qu’aucune des deux faces n’optimise vraiment, et trouver ce point d’équilibre est la décision de matériel la plus délicate de ce style. Quand le compromis penche trop vers le coup droit, le RPB devient anecdotique et le joueur revient au penhold à un seul côté sans l’avoir décidé. Quand il penche trop vers le revers, le coup droit perd le caractère explosif qui justifiait la prise penhold au départ.